
Aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Europe, les régulateurs précisent qui peut conserver des actifs numériques, proposer des services crypto et donner accès aux stablecoins.
Les évolutions de la réglementation des cryptos cette semaine apportent aux entreprises plusieurs échéances et questions concrètes. Aux États-Unis, la Securities and Exchange Commission a proposé un cadre de conservation pour les conseillers en investissement et les fonds, tandis qu’une association de banques locales conteste l’approche du régulateur bancaire concernant les agréments de banques fiduciaires spécialisées dans les cryptos. Outre-Atlantique, les entreprises britanniques disposent désormais d’une période définie pour déposer leur demande avant l’entrée en vigueur d’un nouveau régime d’agrément. En Europe, régulateurs et émetteurs de stablecoins débattent aussi de la manière dont MiCA doit traiter les jetons non conformes et les réserves qui garantissent les jetons conformes. Un autre projet de loi américain porte sur les obligations de suivi fiscal liées aux paiements en stablecoins. Ces propositions et recours judiciaires ne sont pas des règles définitives. À ce stade, leur portée concrète tient aux produits, aux contrôles et aux dossiers que les entreprises pourraient devoir préparer alors que les décisions restent ouvertes.
La SEC propose des règles de conservation des cryptos pour les conseillers et les fonds

Le 1er octobre, la Securities and Exchange Commission américaine a proposé de nouvelles règles de conservation des cryptos pour les conseillers en investissement enregistrés et les fonds réglementés. Le projet créerait un cadre adapté à la détention des cryptoactifs des clients et modifierait les obligations de conservation existantes ; il n’est pas encore en vigueur.
Selon la SEC, les changements pourraient autoriser des dispositifs difficiles à mettre en place avec les règles actuelles, notamment certaines formes d’autoconservation par les conseillers et le recours à des sociétés fiduciaires d’État comme dépositaires qualifiés, sous réserve de garanties précises. La proposition officielle sera ouverte aux commentaires pendant 60 jours après sa publication au Federal Register. Son champ d’application ne couvre pas indistinctement tous les cryptoactifs et tous les comptes : les catégories prévues par le droit fédéral des valeurs mobilières restent déterminantes.
Pour les entreprises au service des investisseurs, la priorité est d’examiner les contrôles de conservation, sans supposer qu’un nouveau produit a déjà été approuvé. Les conseillers devront vérifier comment un dépositaire envisagé gère les clés, la séparation des actifs, les registres et la supervision. La question concerne aussi les portefeuilles crypto et les prestataires que les institutions pourraient intégrer à leurs offres destinées aux clients.
La FCA britannique ouvre les demandes d’agrément crypto avant le régime de 2027

La Financial Conduct Authority britannique a ouvert la période de dépôt des demandes d’agrément pour les cryptoactifs le 30 septembre. Les entreprises ont jusqu’au 28 février 2027 pour déposer leur dossier avant le début prévu du nouveau régime, le 25 octobre 2027. Selon leurs activités, celles qui exercent déjà pourraient avoir besoin d’un nouvel agrément ou d’une modification de leur autorisation.
Cette période de dépôt ne vaut pas approbation automatique pour toutes les entreprises déjà présentes au Royaume-Uni. La FCA décrit une procédure de transition et demande aux sociétés de déterminer lesquelles de leurs activités relèveront du futur cadre. Les opérateurs doivent recenser leurs produits, entités juridiques et parcours clients avant de déposer leur dossier, puis prévoir le temps nécessaire à l’examen par le régulateur.
Ce calendrier compte pour les passerelles de paiement et les autres prestataires crypto : l’agrément peut déterminer les fonctions qu’ils pourront proposer au Royaume-Uni après la transition. Les marchands qui utilisent ces services peuvent aussi avoir besoin de savoir si leur partenaire de paiement ou de règlement dispose de l’autorisation requise.
L’ESMA veut limiter les stablecoins non conformes à MiCA ; Circle demande plus de souplesse pour les réserves

L’Autorité européenne des marchés financiers a demandé à la Commission européenne de clarifier MiCA sur les services crypto liés aux stablecoins qui ne respectent pas les exigences de l’Union. Dans sa réponse à la consultation du 30 septembre, l’ESMA a réclamé des restrictions explicites afin qu’un prestataire agréé dans l’UE ne puisse pas profiter d’une ambiguïté pour proposer un jeton non conforme.
Le lendemain, l’émetteur Circle a soumis sa propre réponse à la révision de MiCA. Circle estime que le cadre des réserves des jetons de monnaie électronique devrait laisser davantage de souplesse pour les actifs liquides de haute qualité et les dépôts bancaires, tout en maintenant des règles strictes de remboursement et de supervision. Il s’agit de deux contributions distinctes à la révision, et non d’une règle commune ou d’un changement de politique déjà convenu.
Pour les infrastructures de paiement en stablecoins, ces deux questions se rejoignent dans la pratique : quels jetons un intermédiaire réglementé peut prendre en charge et comment l’émetteur conserve les actifs qui les garantissent. Un prestataire de règlement transfrontalier ne peut pas réduire l’agrément MiCA à une simple réponse par oui ou non sans examiner le jeton, son émetteur et le modèle de service.
Des banques locales poursuivent l’OCC au sujet des agréments de banques fiduciaires crypto

L’Independent Community Bankers of America a engagé une action contre l’Office of the Comptroller of the Currency le 2 octobre. L’association conteste le pouvoir de l’agence d’accorder des agréments nationaux de banque fiduciaire à des entreprises spécialisées dans les cryptos. Elle demande aussi l’annulation de l’approbation conditionnelle de l’agrément de Protego. Ce sont les arguments des plaignants ; le tribunal ne s’est pas encore prononcé sur le fond.
Le litige fait suite à la règle de mars de l’OCC sur les banques fiduciaires. Le régulateur affirme qu’elle clarifie ses pouvoirs existants sans les étendre. Selon l’ICBA, cette approche pourrait autoriser des établissements à exercer des activités que la loi ne permet pas, sans assumer les obligations d’une banque de plein exercice. Cette distinction juridique compte, car conservation, paiements et services proches des dépôts peuvent coexister dans le modèle économique d’une entreprise d’actifs numériques.
Pour les prestataires de services financiers aux entreprises, la question pratique est la sécurité juridique de leurs partenaires. Une demande d’agrément ou une approbation conditionnelle ne constitue pas un cadre d’activité définitif, à l’abri d’un recours. Les entreprises qui intègrent un dépositaire agréé comme banque fiduciaire doivent suivre à la fois les autorisations du régulateur et la procédure judiciaire en cours.
Le sénateur Daines présente l’ADAPT Act pour alléger la fiscalité des achats en stablecoins

Le sénateur américain Steve Daines a présenté l’ADAPT Act le 30 septembre. Le texte modifierait le traitement fiscal de certaines transactions en actifs numériques, notamment les achats de biens et de services avec des stablecoins de paiement en dollars réglementés par le GENIUS Act. Il prévoit aussi un allègement pour les frais de réseau ne dépassant pas 10 $. C’est un projet de loi, pas le droit fiscal en vigueur.
Selon ce projet, un achat effectué avec un stablecoin admissible n’obligerait pas le consommateur à calculer une plus-value ou une moins-value à chaque paiement. Les frais de réseau créent eux aussi des obligations de suivi modestes mais fréquentes pour les utilisateurs de cryptos. Le texte étend aussi les règles sur les ventes à perte suivies d’un rachat aux actifs numériques : il ne s’agit donc pas d’une exonération fiscale générale pour toutes les transactions crypto.
Pour les marchands qui envisagent les paiements en cryptos, les obligations déclaratives des consommateurs peuvent peser sur l’intérêt du stablecoin au moment du paiement. Même si la loi progresse, les entreprises devront encore distinguer les stablecoins de paiement et les transactions admissibles des autres actifs et usages. C’est l’avancement du projet, et non sa seule annonce, qui dira si cette contrainte diminue réellement.